Patricia Adjisseku, une journaliste pionnière au Togo
Première femme élue secrétaire générale de l’UJIT (Union des journalistes indépendants du Togo) en 2014, Patricia Adjisseku est une pionnière. Membre du conseil de genre de la FIJ, elle aurait dû participer au congrès parisien. Mais la France a refusé de lui délivrer son visa. Et ce problème arrive régulièrement à des délégués syndicaux des pays d’Afrique subsaharienne.
« C’est la première fois qu’on me refuse le visa pour la France, ce que je ne comprends pas. J’ai été en France plusieurs fois entre 2014 et 2018. On m’a refusé le document au motif que les informations communiquées pour justifier mon séjour n’étaient pas fiables… Les interventions du président de la FAJ et de la FIJ pour réexaminer le dossier sont restées lettres mortes », s’indigne la journaliste, que nous avons contacté à distance.
Diplômée en sociologie de l’information et de la communication ainsi qu’en sciences de l’éducation, elle n’en demeure pas moins passionnée par le journalisme et intègre dès 2004 la rédaction de Kanal FM, radio généraliste, basée à Lomé, la capitale du Togo.
Défenseure de la cause des femmes, en particulier dans les médias, elle devient rédactrice en chef seulement deux ans après son entrée à Kanal FM. Une rareté dans un pays où les journalistes sont, encore aujourd’hui, très majoritairement des hommes. Une société patriarcale dans laquelle « la femme est toujours considérée comme ayant sa place au foyer ». Ses confrères, eux, ont du mal à se voir être dirigée par une femme.
Aux femmes, « battez-vous, n’ayez pas peur »
Dès son arrivée à la tête de l’UJIT, elle a poussé à la mise en place de l’Observatoire togolais pour l’image des femmes dans les médias (OTIFEM) qui vise à « corriger l’image négative véhiculée sur les femmes dans les médias ». « Je crois à la parité homme-femme dans le paysage médiatique togolais », insiste-t-elle. Et en répétant à qui veut l’entendre : « Nous devons tout œuvrer pour occuper des postes de responsabilité ».
Ces dernières années, Patricia Adjisseku milite pour garantir les droits des journalistes et leur sécurité, tout en poussant les jeunes femmes à se lancer dans le métier, tout en les mettant en garde. « Vous devez vous faire à l’idée que rien ne vous sera donné. Battez-vous, n’ayez pas peur. Entrez dans la profession. Vous pouvez compter sur la solidarité des vos aînées pour vous accompagner. »
Des messages qui portent puisqu’aujourd’hui « les médias togolais font l’effort de tenir compte du genre et de recruter autant de femmes que d’hommes. La problématique des inégalités est prise en compte, toutefois, une chose est d’intégrer le métier, l’autre est d’y rester. Bon nombre de femmes poussées par la passion, embrassent le métier mais chemin faisant se reconvertissent soit en chargée de communication soit en influenceuses »
Quant à l’OTIFEM, il mène des actions de sensibilisation auprès des journalistes togolais pour prévenir le harcèlement, la discrimination et les violences sexistes et sexuelles. Des formations salutaires, régulièrement animées par Patricia Adjisseku, qui ont pour but de « développer l’esprit critique et de déconstruire les stéréotypes sexistes ».
Ses confrères constituent aujourd’hui son premier soutien
Par son professionnalisme et sa rigueur journalistique, elle participe à changer, lentement mais sûrement, l’image dégradante de la femme dans les médias locaux. Si le combat de Patricia Adjisseku n’est pas tout à fait gagné, elle perçoit une nette amélioration dans le regard de ses confrères masculins depuis ses débuts dans la profession : « Mes débuts ont été difficile avec certains collaborateurs mais aujourd’hui cela a complètement changé. Mes confrères constituent d’ailleurs mon premier soutien. »
Un sourire contagieux et une énergie débordante, la recette infaillible de Patricia Adjisseku pour faire émerger ses idées et gagner la bataille pour l’égalité des genres.
Maxime Touzaint
Patricia Adjisseku, a pioneering journalist in Togo
The first woman to be elected General Secretary of the UJIT (Union of Independent Journalists of Togo) in 2014, Patricia Adjisseku is a pioneer. As a member of the IFJ’s Gender Council, she was due to attend the Paris congress. But France refused to issue her a visa. And this problem regularly affects trade union delegates from sub-Saharan African countries.
“This is the first time I’ve been refused a visa for France, which I don’t understand. I’ve been to France several times between 2014 and 2018. I was refused the visa on the grounds that the information provided to justify my stay was unreliable… The interventions by the presidents of the FAJ and the IFJ to have the case reviewed fell on deaf ears,” says the journalist, whom we contacted remotely.
A graduate in the sociology of information and communication as well as in educational sciences, she remains nonetheless passionate about journalism and joined the editorial team of Kanal FM, a general-interest radio station based in Lomé, the capital of Togo, in 2004.
An advocate for women’s rights, particularly in the media, she became editor-in-chief just two years after joining Kanal FM. A rarity in a country where journalists are, even today, overwhelmingly male. A patriarchal society in which “women are still seen as belonging in the home”. Her male colleagues, for their part, struggle with the idea of being led by a woman.
To women: “fight, don’t be afraid”
Upon taking the helm of the UJIT, she pushed for the establishment of the Togolese Observatory for the Image of Women in the Media (OTIFEM), which aims to “correct the negative image of women portrayed in the media”. “ I believe in gender parity in the Togolese media landscape ”, she insists. And she repeats to anyone who will listen: “ We must do everything we can to take up positions of responsibility”.
In recent years, Patricia Adjisseku has been campaigning to safeguard journalists’ rights and safety, whilst encouraging young women to enter the profession, though she also warns them. “You must accept that nothing will be handed to you on a plate. Fight for it, don’t be afraid. Enter the profession. You can count on the support of your senior colleagues to guide you. ”
These messages are having an impact, as today “the Togolese media are making an effort to take gender into account and to recruit as many women as men. The issue of inequality is being addressed; however, it is one thing to enter the profession, and quite another to stay in it. Many women, driven by passion, take up the profession but, along the way, switch careers to become either communications officers or influencers”
As for OTIFEM, it runs awareness-raising initiatives for Togolese journalists to prevent harassment, discrimination and gender-based and sexual violence. These valuable training sessions, regularly led by Patricia Adjisseku, aim to “develop critical thinking and deconstruct sexist stereotypes”.
Her colleagues are now her greatest source of support
Through her professionalism and journalistic rigour, she is helping to change, slowly but surely, the degrading portrayal of women in the local media. Although Patricia Adjisseku’s battle is not yet fully won, she has noticed a marked improvement in the way her male colleagues view her since she first entered the profession: “My early days were difficult with some colleagues, but today that has completely changed. My colleagues are, in fact, my greatest source of support. ”
A contagious smile and boundless energy: Patricia Adjisseku’s sure-fire recipe for bringing her ideas to the fore and winning the battle for gender equality.
Maxime Touzaint
Patricia Adjisseku, una periodista pionera en Togo
Patricia Adjisseku, la primera mujer elegida secretaria general de la UJIT (Unión de Periodistas Independientes de Togo) en 2014, es toda una pionera. Como miembro del Consejo de Género de la FIP, debería haber participado en el congreso de París. Pero Francia se negó a concederle el visado. Y este problema se les presenta con frecuencia a los delegados sindicales de los países del África subsahariana.
« Es la primera vez que me deniegan el visado para Francia, algo que no entiendo. He estado en Francia varias veces entre 2014 y 2018. Me denegaron el documento alegando que la información facilitada para justificar mi estancia no era fiable… Las intervenciones del presidente de la FAJ y de la FIP para que se revisara el expediente no han servido de nada», se indigna la periodista, con quien contactamos a distancia.
Licenciada en Sociología de la Información y la Comunicación, así como en Ciencias de la Educación, no por ello deja de ser una apasionada del periodismo y, en 2004, se incorpora a la redacción de Kanal FM, una emisora de radio generalista con sede en Lomé, la capital de Togo.
Defensora de la causa de las mujeres, en particular en los medios de comunicación, se convierte en redactora jefe tan solo dos años después de su incorporación a Kanal FM. Una rareza en un país donde los periodistas son, aún hoy, en su gran mayoría hombres. Una sociedad patriarcal en la que «la mujer sigue siendo considerada como alguien cuyo lugar está en el hogar». A sus compañeros, por su parte, les cuesta aceptar que les dirija una mujer.
A las mujeres: «luchad, no tengáis miedo»
Desde su llegada al frente de la UJIT, impulsó la creación del Observatorio Togolés para la Imagen de la Mujer en los Medios de Comunicación (OTIFEM), cuyo objetivo es «corregir la imagen negativa que se transmite de las mujeres en los medios de comunicación». «Creo en la paridad entre hombres y mujeres en el panorama mediático togolés», insiste. Y repite a quien quiera escucharla: «Debemos hacer todo lo posible por ocupar puestos de responsabilidad».
En los últimos años, Patricia Adjisseku ha luchado por garantizar los derechos y la seguridad de los periodistas, al tiempo que anima a las jóvenes a lanzarse a la profesión, aunque también les advierte: «Tenéis que haceros a la idea de que nada os será regalado. Luchad, no tengáis miedo. Entrad en la profesión. Podéis contar con la solidaridad de vuestras mayores para acompañaros. »
Mensajes que dan sus frutos, ya que hoy en día «los medios de comunicación togoleses se esfuerzan por tener en cuenta la perspectiva de género y contratar a tantas mujeres como hombres. Se tiene en cuenta la problemática de las desigualdades; sin embargo, una cosa es incorporarse a la profesión y otra muy distinta es permanecer en ella. Muchas mujeres, impulsadas por la pasión, abrazan la profesión, pero a lo largo del camino se reconvierten, ya sea en responsables de comunicación o en influencers»
En cuanto a la OTIFEM, lleva a cabo acciones de sensibilización entre los periodistas togoleses para prevenir el acoso, la discriminación y la violencia sexista y sexual. Se trata de formaciones muy útiles, impartidas regularmente por Patricia Adjisseku, cuyo objetivo es «desarrollar el espíritu crítico y desmontar los estereotipos sexistas».
Sus compañeros de profesión constituyen hoy su principal apoyo
Gracias a su profesionalidad y rigor periodístico, contribuye a cambiar, de forma lenta pero segura, la imagen degradante de la mujer en los medios de comunicación locales. Aunque la lucha de Patricia Adjisseku aún no está del todo ganada, percibe una clara mejora en la actitud de sus compañeros masculinos desde sus inicios en la profesión: «Mis comienzos fueron algo difíciles con algunos compañeros, pero hoy en día eso ha cambiado por completo. De hecho, mis compañeros son mi principal apoyo. »
Una sonrisa contagiosa y una energía desbordante: la receta infalible de Patricia Adjisseku para dar a conocer sus ideas y ganar la batalla por la igualdad de género.
Maxime Touzaint


